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La peau des nouveau-nés et les soins du siège au cours des premiers mois

Congrès de la Société Française de Pédiatrie Toulouse, le 10 juin 2009


Évaluation d’une formule de cosmétique pour nourrisson par l’industrie : l’exemple des lingettes

Propos recueillis par M. Granier

D’après la communication de I. Merlay*
Pharmacie, Pampers, Paris, France
 

La mise sur le marché d’un produit cosmétique tel que des lingettes destinées à l’hygiène et aux soins des nourrissons et nouveau-nés est le fruit d’une longue stratégie d’évaluation spécifique,  en termes de sécurité et de tolérance. Cette évaluation d’un produit cosmétique, obligatoire avant la mise sur le marché selon la législation européenne, est décrite dans le dossier cosmétique mis à disposition des autorités sanitaires des pays européens et actualisée tout au long de la vie du produit. Cette évaluation concerne tout d’abord chaque ingrédient du produit, avec la mesure de la marge de sécurité des ingrédients dans la formulation. La tolérance et la qualité du produit, en particulier la propreté microbiologique, sont vérifiées. La pertinence de l’intérêt du produit cosmétique pour  l’enfant est justifiée. Enfin cette évaluation est actualisée régulièrement par la prise en  compte des  dernières informations scientifiques publiées et par le suivi et l’analyse des appels des consommateurs (un numéro figure sur tous les emballages).

1.  La stratégie d’évaluation des produits cosmétiques chez Procter & Gamble

L’évaluation des produits cosmétiques chez Procter & Gamble (P&G) est très codifiée. Elle repose  sur une  double  expertise, interne et externe, dans  des  domaines aussi  variés  que  la réglementation internationale, la toxicologie, la reproduction, l’immunologie, la  biologie  moléculaire, la  génotoxicité. Ces experts internes (500 à 600 répartis dans le monde : États-Unis, Europe, Japon) sont intégrés aux centres de recherche de P&G et travaillent en réseau avec des experts externes indépendants, et des universitaires. Les scientifiques des centres de recherche P&G publient  régulièrement : 2 491 publications scientifiques depuis  1960, dont 761 au cours des 10 dernières années. Commercialisant des  produits de  grande consommation dans  le monde entier, P&G a acquis  une  expertise sur l’évaluation de la sécurité des produits ayant une large exposition, de par leur utilisation dans  la vie quotidienne de populations variées.  La priorité fondamentale de P&G est la sécurité de ses produits commercialisés sous ses marques.

2. Les lingettes de toilette destinées à nettoyer le siège des bébés : parcours d’évaluation

Le rôle des lingettes bébés est d’enlever les selles et l’urine de la surface cutanée des enfants, ceci plusieurs fois par jour, de la naissance à l’acquisition de la propreté. Une lingette est constituée d’un substrat non tissé fait de fibres synthétiques et/ou de cellulose (2 à 3 grammes) et imbibé d’une lotion cosmétique (6 à 10 grammes). La composition de cette lotion  figure  sur  l’emballage, selon la nomenclature  interna- tionale (INCI). La formule  de base  pour  les lingettes Pampers Sensitive® contient entre 95 et 97% d’eau, les autres ingrédients (Aloe Barbadensis, Chamomilla Recutita, Bisabolol...) n’intervenant que pour moins de 1 % chacun. L’évaluation de ce produit cosmétique doit tenir compte de spécificités : enfant (rapport surface/poids), zone du siège (pH élevé  du  fait  du  mélange selles/urine, port des couches…). Le parcours d’évaluation de lingettes pour bébé  consiste dans un premier temps à évaluer le risque (ou la sécurité) de chaque ingrédient puis à vérifier la bonne tolérance et la qualité de la formulation et, enfin, de valider la pertinence du produit.

3. Évaluation de la sécurité des ingrédients

L’évaluation du risque (ou sécurité) est un processus régulièrement actualisé en fonction des données scientifiques nouvelles. Cette approche repose sur quatre étapes :
• identification du danger dit potentiel de risque ;
• évaluation de la dose-réponse ;
• évaluation de l’exposition ;
• caractérisation du risque = évaluation quantitative du risque exprimée par la valeur de la marge de sécurité.

 

3.1. Étape 1 : Potentiel de risque

Le  potentiel  intrinsèque  de  risque  de  chaque ingrédient est étudié à partir de sa structure chimique,  des études et autres documentations publiées sur le produit ; tout cela en tenant compte de toutes les réglementations en vigueur et de l’historique de l’utilisation. L’analyse des relations activité-structures chimiques fonctionnelles utilise des systèmes de modélisation (Q-SAR). L’implication de P&G est d’autant  plus  importante qu’en tant que fabricant de ses propres produits, il a des exigen- ces particulières envers ses fournisseurs. Les accords de confidentialité signés entre les toxicologues P&G et les fournisseurs permettent un accès à la composition intégrale des ingrédients et à leur fabrication pour une évaluation approfondie. La longue  expérience de P&G dans  le domaine est par ailleurs un gage de sécurité. Ces informations recueillies viennent nourrir le dossier d’évaluation. Les banques de données internes concernent plus de 17 000 ingrédients ou composants, qui à l’issue du programme de sécurité (conditions d’utilisation, toxicité) (Fig. 1), sont, ou non, déclarés  aptes à l’utilisation et en permanence évalués dès leur mise sur le marché.

Figure 1  : Programme de sécurité des ingrédients.

3.2. Étape 2 : Évaluation de la dose-réponse

L’évaluation  de  la dose-réponse correspond à l’identification, pour chaque ingrédient, des doses liées à des impacts en termes de sensibilité cutanée, de toxicologie aiguë, d’irritation… Les doses de ces effets critiques sont fixées par deux seuils. L’un dit systémique, est le NO(A)EL  (No Observable Adverse Effect Level) en mg/kg/j, soit la dose la plus élevée  d’une substance pour  laquelle  aucun  effet toxique n’est  observé. L’autre  seuil correspond à l’absence d’effet toxique cutané attendu, c’est le NESIL (No Expected Sensibilization Introduction Level). Il s’exprime en mg/cm2/j.

3.3. Étape 3 : Évaluation de l’exposition

Il s’agit à ce stade de bien déterminer la zone corporelle exposée, en précisant le type de contact avec le produit, sa durée, le mode d’utilisation (prévu et prévisible) en tenant compte des habitudes des utilisateurs (quantité utilisée, fréquence d’utilisation). L’évaluation quantitative de l’exposition est calculée à partir de nombreuses variables telles que :

• la mesure de l’aire de peau concernée (cm2) ;
• la zone de contact, la fréquence d’utilisation du produit (nombre de lingettes/j) ;
• le temps total d’exposition correspondant à l’utilisation (arbitrairement fixé à 3 ans pour les lingettes) ;
• la concentration de l’ingrédient dans la lotion ;
• la quantité de lotion de la lingette déposée sur la zone  de peau concernée ;
• la fraction de lotion restant sur la peau  (fixée à 100 % de la quantité déposée sur la peau) ;
• sa pénétration transcutanée (soit par sécurité 100 % de la quantité déposée dans le cas de cette formulation de la lingette) …

On obtient ainsi deux  valeurs  qui reflètent l’exposition systémique  (rapportée au poids de l’enfant) et l’exposition cutanée (rapportée à la surface concernée).

 3.4. Étape 4 : Évaluation quantitative du risque et conclusion

Cette dernière étape consiste à faire l’évaluation quantitative du  risque  en  calculant les  marges de  sécurité. Les facteurs d’évaluation de sécurité (FES) incluent notamment la variabilité inter-espèces (homme/animal), la variabilité intra-espèce (entre individus). Ces facteurs sont fixés à 100. Les marges de sécurité sont calculées respectivement en faisant le ratio du seuil critique fixé pour la dose-réponse sur l’exposition, divisé par les FES. Elles doivent être supérieures à 1 lorsque les facteurs d’évaluation de  sécurité de sang sont appliqués. Les marges d’exposition doivent, elles, être supérieures à 100.

Ainsi à chaque ingrédient compris dans la formule  de la lotion, sont affectées deux marges de sécurité. La première marge de sécurité par voie systémique est évaluée par rapport au seuil NO(A)EL et la deuxième marge de sécurité relative à l’exposition cutanée, par rapport au seuil qui est le NESIL. En conclusion, la formulation de la lotion imprégnant les lingettes (Pampers Sensitive®) aussi bien dans le choix des ingrédients que dans leurs concentrations respectives, a des marges de sécu- rité suffisantes pour en permettre l’utilisation dans la toilette du siège des nouveau-nés au cours de leurs premiers mois de vie.

4. Évaluation de la tolérance de la formulation

Les   formulations   des    lotions   imprégnant   les   lingettes sont  modifiées et  améliorées, étape  par  étape, à  partir de formulations-cadres et en  tenant compte de l’historique des formulations. Cela permet ainsi d’avoir une bonne connaissance des formules.

4.1. Tolérance cutanée et oculaire

Les tests de tolérance sont effectués chez l’adulte, au niveau cutané d’abord, tant chez des sujets  à peau  saine  que  chez des sujets  déclarés  à peau  sensible. La tolérance oculaire est étudiée par instillation oculaire  de la lotion  contenue dans les lingettes (utilisation des lingettes sur le visage). Au niveau cutané, les tests sont réalisés  avec un  potentiel d’irritation répétée sur 21 jours. Les résultats, comparés à ceux obtenus avec  l’eau, montrent un  profil de  tolérance cutanée (peau saine), superposable à celui de l’eau. De même l’absence de sensibilisation auprès de sujets  dits à peaux  sensibles a été confirmée [1].

4.2. Confirmation de la tolérance

La sécurité et la tolérance des  lingettes ont été étudiées par P&G chez les enfants à peau atopique et chez les nouveau-nés à terme, notamment en maternité. Dans les deux cas, il a été constaté une absence d’effets négatifs et le respect voire l’amélioration de l’état cutané [1-4].

L’une des mesures pour objectiver l’état cutané est le suivi de la « perte en  eau  transépidermique » TEWL. Le  test de TEWL mesure la diffusion de l’eau à travers la couche cornée de la peau. Sa variation donne l’information sur la qualité de la fonction de barrière  de la peau  et donc sur sa bonne intégrité. C’est un élément de plus pour vérifier la sécurité du produit en fonction du degré de maturité fonctionnelle de la peau.

5. Qualité du produit

Le choix de la formulation en termes d’ingrédients est aussi véri- fié pour s’assurer de la sécurité microbienne du produit fini et de sa bonne conservation. La qualité du produit est encore vérifiée par  des  tests de stabilité accélérés  sur 36 mois, à différentes températures (Tableau I).

6. Pertinence de l’intérêt des lingettes pour les soins du siège du nouveau-né

La peau du siège du nouveau-né est exposée régulièrement au mélange des selles et de l’urine. Celle-ci produit, au contact de la peau, une élévation du pH due à une production d’ammoniaque (odeur  caractéristique bien  connue des mamans). Elle résulte de l’action des uréases des matières fécales sur l’urée de l’urine. Cela réactive alors les protéases et lipases  contenues dans  les selles, favorisant ainsi les irritations de la peau  et la survenue de l’érythème fessier. Un des moyens  naturels de protection de la peau est « l’installation du manteau acide » au cours des premières semaines de vie. Le pH cutané descend progressivement aux alentours de 4,7 [5]. Il est donc très important de choisir pour les soins et l’hygiène du nourrisson, un produit qui assurera un nettoyage aisé des selles et de l’urine, tout en respectant l’installation de ce « manteau acide » voire en favorisant le maintien du pH cutané au plus près de la valeur de 4,5 à 4,7.

Lors de tests, des élévations du pH cutané pouvant atteindre 6 à 7 ont été observées avec le savon et l’eau (Fig. 2), alors qu’avec l’utilisation d’une lingette (Pampers Sensitive®), celui-ci descend rapidement au pH naturel de protection de la peau [1].

Figure 2 : Modifications du pH selon le type de produits utilisés pour les soins du siège du bébé.

7. Le suivi de l’utilisation

La large  utilisation en  maternités dans  les  pays  européens permet de confirmer  la pertinence de la lingette pour assurer l’hygiène du siège des nouveau-nés dès leur premier mois de vie (Tableau II).

8. Conclusion

En conclusion,  et au  vu du  dossier  d’évaluation, les lingettes (Pampers  Sensitive®) ont leur place dans  les protocoles de toilette du siège des nouveau-nés dès le premier mois de vie.

Références

1. Adam R, Schnetz B, Hofmann P, et al. Clinical demonstration of skin mildness and suitability for sensitive infant skin of a new baby wipe. Pediatric Dermatol 2009 [In press].

2. Odio M, Streicher-Scott J, Hansen RC. Disposable baby wipes: efficacy and skin mildness. Dermatol Nurs 2001;13:107-12, 117-8, 121.

3.  Adam R, Vogt  J, Lisac S. Safety and  comparative skin mildness of disposable wipes  for  the care  of  the diaper  area.  Pediatr Croat 1999;43:245-52.

4.  Ehretsmann  C, Schaefer  P, Adam R. Cutaneous  tolerance of baby wipes  by infants with atopic dermatitis, and  comparison of the mildness of baby wipe and water in infant skin. J Eur Acad Dermatol. Venereol 2001;15(Suppl 1):16-21.

* Auteur correspondant. e-mail : merlay.i@pg.com